C'est d'abord de journalisme que traite Sonia Rolley dans ces pages vives, humaines, et souvent drĂ´les. Un journalisme mis Ă  nu dans sa fonction première : recueillir des informations, les vĂ©rifier, les faire connaĂ®tre mĂŞme s'il en coĂ»te. Un B.A.-BA pas facile Ă  appliquer dans un pays oĂą les sources d'information - le rĂ©gime militaire, les opposants et les rebelles - rivalisent de trouvailles pour vous masquer les vĂ©ritĂ©s qui les dĂ©rangent.

Pis, lorsque ces mensonges et manipulations sont encouragés par l'ambassade de France, plus attachée à défendre le président Idriss Déby que la liberté de la presse. Le défi se révèle encore plus audacieux lorsque, comme Sonia Rolley, vous travaillez pour RFI, dont l'immense crédibilité aux oreilles des populations africaines est proportionnelle à la taille des mensonges diffusés par les médias locaux.

Jeune, pleine d'audace, parfois naĂŻve, la "correspondante" s'engage sur tous les fronts : elle court sur les champs de bataille, compte les morts au risque de contredire les communiquĂ©s de victoire ; rĂ©vèle le scandale des enfants-soldats, que la France nie ; tient la chronique du scandale de L'Arche de ZoĂ©. Croyant en ce drĂ´le de mĂ©tier qu'est le journalisme, elle le pratique au pĂ©ril de sa sĂ©curitĂ©.

Jusqu'à l'expulsion finale, consécutive à sa couverture trop réaliste de l'attaque rebelle qui, en février 2008, faillit emporter le régime Déby.

Depuis le "faites attention mademoiselle !" susurré par un conseiller de l'Elysée jusqu'au sursis final, accordé pour éviter le scandale qu'aurait provoqué une expulsion pendant une visite de Nicolas Sarkozy, le récit fait partager la vie intense d'une journaliste coincée "entre le marteau et l'enclume". Avec, en creux, une vivante plaidoirie en faveur d'un journalisme indépendant et donc dérangeant.

RETOUR DU TCHAD de Sonia Rolley. Actes Sud, 176 pages, 23 €